Apnée du sommeil : impact réel sur l’espérance de vie
Il m’arrive souvent de rencontrer des patients qui, sans en avoir pleinement conscience, vivent depuis des années avec des troubles respiratoires durant leur sommeil.
Leur fatigue chronique, leur irritabilité ou leurs réveils fréquents sont parfois banalisés. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’apnée du sommeil, ces signaux doivent nous alerter car cette pathologie, si elle n’est pas prise en charge, peut réduire l’espérance de vie.

Je suis le Dr Solène Vo Quang, stomatologue à Paris dans le 18e arrondissement. Dans mon activité, je suis régulièrement amenée à identifier ou à suspecter un syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS), notamment chez les patients qui consultent pour bruxisme, difficultés de sommeil ou douleurs de la mâchoire. Comprendre les liens entre apnée du sommeil et espérance de vie, c’est souvent un début essentiel dans le parcours de soin.
Comprendre l’apnée du sommeil (SAOS)
Définition du SAOS et fonctionnement
Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil, ou SAOS, désigne une interruption répétée de la respiration durant la nuit. Ces pauses respiratoires peuvent durer quelques secondes, voire plus, et se répéter des dizaines de fois par heure. Elles surviennent lorsque les voies aériennes supérieures se referment partiellement ou totalement durant le sommeil, empêchant l’air de circuler normalement.
Ce phénomène perturbe profondément la qualité du sommeil. Le cerveau perçoit le manque d’oxygène et réagit en provoquant des micro-réveils multiples, souvent inconscients mais épuisants sur le long terme. Il en résulte une fatigue persistante, une somnolence diurne, une baisse de concentration et parfois des troubles de l’humeur.
Apnée centrale vs apnée obstructive : quelles différences ?
Il existe deux grands types d’apnée du sommeil. L’apnée obstructive, la plus fréquente, résulte d’un effondrement mécanique des tissus de la gorge. L’apnée centrale, plus rare, est due à une absence de commande respiratoire par le cerveau. Dans certains cas, les deux formes peuvent coexister.
Cette distinction est importante, car le traitement ne sera pas exactement le même selon le type d’apnée. C’est pourquoi la phase de diagnostic est essentielle et s’appuie sur des examens du sommeil spécifiques, que j’initie souvent en lien avec des centres spécialisés.
Apnée du sommeil et espérance de vie : quel lien ?
Risque de décès prématuré démontré par les études
Les données scientifiques montrent de manière cohérente que le SAOS, lorsqu’il est non traité, est associé à une augmentation du risque de décès prématuré. Certaines cohortes évoquent un risque de mortalité multiplié par deux ou trois chez les personnes atteintes d’apnée sévère non suivie.
Cette surmortalité est souvent liée à des complications cardiovasculaires, diabétiques ou métaboliques favorisées par les hypoxies nocturnes répétées, c’est-à-dire les baisses d’oxygène dans le sang qui surviennent à chaque apnée.
Différences de longévité selon le traitement
À l’inverse, lorsqu’un diagnostic est posé à temps et qu’un traitement est mis en place, on observe une nette diminution de ces risques. Le suivi régulier des patients traités montre une amélioration non seulement de leur qualité de vie, mais aussi de leur espérance de vie globale.
L’effet protecteur d’un traitement bien conduit orthèse d’avancée mandibulaire ou ventilation à pression positive est aujourd’hui bien documenté. Cela souligne l’importance de ne pas minimiser les formes même légères de SAOS.
Complications cardiovasculaires et risque vital
Hypertension artérielle et surcharge cardiaque
Les apnées répétées soumettent le cœur à un stress nocturne important. À chaque obstruction des voies respiratoires, la fréquence cardiaque se modifie, la pression artérielle augmente, les parois des vaisseaux sont sollicitées de manière brutale.
À moyen terme, cela favorise l’apparition ou l’aggravation d’une hypertension, mais aussi d’une insuffisance cardiaque, parfois silencieuse. Plusieurs de mes patients ont découvert, à l’occasion d’un bilan de SAOS, une hypertension nocturne qui n’avait pas été détectée en journée.
Risque d’AVC et de mort subite nocturne
Le manque chronique d’oxygène affecte également le cerveau. Le risque d’AVC (accident vasculaire cérébral) est multiplié chez les personnes souffrant d’apnée sévère non traitée. Certaines études évoquent aussi une association entre SAOS et rareté de mort subite nocturne.
Ces données, bien que difficilement quantifiables au cas par cas, rendent encore plus essentielles la détection et la prise en charge de ce syndrome. Car au-delà des symptômes quotidiens, c’est bien un facteur de risque vital qu’il convient d’identifier.
Dans ma pratique, je vois combien le diagnostic précoce de l’apnée du sommeil peut changer la trajectoire de vie de mes patients.
Le dépistage : clé pour préserver l’espérance de vie
Signes cliniques évocateurs à reconnaître
Plusieurs signes peuvent guider vers un soupçon de SAOS : ronflements importants, pauses respiratoires observées par le conjoint, somnolence diurne excessive, réveils nocturnes, maux de tête le matin ou sensation d'étouffement pendant la nuit.
Chez certains patients, des troubles de la concentration, une perte de motivation ou des douleurs cervicales chroniques peuvent aussi être des manifestations indirectes. J’encourage mes patients à être attentifs à ces symptômes, surtout s’ils sont persistants.
Tests du sommeil et rôle du médecin généraliste
Un dépistage peut être amorcé par votre médecin traitant, qui vous prescrira un enregistrement du sommeil. Il peut s’agir d’une polysomnographie (examen en laboratoire) ou d’un polygraphe ventilatoire à domicile.
Ces tests permettent de mesurer l’indice d’apnées–hypopnées (IAH), un indicateur clé pour évaluer la fréquence et la sévérité des interruptions respiratoires. Ce chiffre guide ensuite le choix thérapeutique.
Quels traitements pour limiter les effets sur la survie ?
Pression positive continue, orthèses et observance
Le traitement le plus connu est celui par pression positive continue (PPC), qui délivre de l’air en continu pour maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant le sommeil. Il est très efficace mais nécessite une bonne tolérance.
Une alternative, souvent prescrite dans ma spécialité, est l’orthèse d’avancée mandibulaire. Ce dispositif repositionne légèrement la mâchoire inférieure pour libérer le passage de l’air. Dans les formes légères à modérées, il peut suffire à réduire significativement les symptômes.
Amélioration prouvée de la durée de vie avec traitement
Plusieurs études longitudinales montrent un net bénéfice en termes de survie pour les patients adhérents à leur traitement. L’observance, c’est-à-dire l’utilisation régulière et correcte de l’appareillage, est un facteur clef dans les résultats obtenus.
Dans ma pratique, je recommande toujours de prendre le temps d’essayer les différentes options disponibles, pour trouver la solution la plus acceptable au long cours. Un patient convaincu dort mieux, mais vit aussi plus longtemps.
Formes légères à modérées : un danger à relativiser ?
Quel seuil de gravité engage le pronostic vital ?
L’IAH (indice d’apnées–hypopnées) permet de classer la sévérité du SAOS. On parle de forme légère à partir de 5 événements par heure, modérée à partir de 15, et sévère au-delà de 30.
Cela dit, l’impact sur la santé varie beaucoup selon l’âge, les comorbidités, le mode de vie. Certaines formes modérées produisent peu de symptômes, d’autres affectent fortement le quotidien. C’est un équilibre à évaluer au cas par cas.
Quand traiter les apnées modérées ?
Il n’y a pas de réponse universelle. Si les retentissements sont réels — fatigue constante, somnolence, troubles cognitifs — je conseille de ne pas sous-estimer l’intérêt d’un traitement, même simple.
Je rappelle à mes patients que toute perturbation du sommeil, même discrète, peut avoir un effet cumulatif, notamment sur la capacité cardiovasculaire à long terme.
Facteurs aggravants et comorbidités
Impact du surpoids, du diabète et du tabac
Certains facteurs connus viennent amplifier les effets délétères du SAOS. Le surpoids, en particulier, favorise le collapsus des voies aériennes la nuit. Le diabète déséquilibré et le tabac altèrent les réponses inflammatoires et vasculaires de l’organisme.
Dans ces contextes, l’apnée du sommeil n’est pas une simple anomalie du sommeil, mais un piège métabolique qui agit en silence. Pour cette raison, je préconise toujours une approche globale, qui associe traitement de l’apnée et amélioration de l’hygiène de vie.
Interactions entre pathologies et espérance de vie
Lorsque le SAOS coexiste avec d’autres pathologies chroniques — comme une hypertension ou une pathologie coronarienne — leurs effets ne s’additionnent pas simplement. Ils s’amplifient, augmentant le risque de mortalité globale.
C’est pourquoi une suspicion d’apnée chez un patient pluri-pathologique justifie à mon sens un dépistage approfondi. Le sommeil devient alors un levier possible pour prolonger la vie et améliorer l'équilibre global de santé.
Effets psychologiques : un facteur indirect de perte de vie
Fatigue chronique, isolement et troubles de l’humeur
On parle souvent des conséquences physiques du SAOS, mais il ne faut pas négliger son impact sur l’équilibre psychologique. Une mauvaise qualité de sommeil durable peut entraîner de la dépression, un repli social, une baisse de l’estime de soi.
Certains de mes patients me confient, après traitement, avoir retrouvé de l’élan, des projets, ou même des relations plus sereines. Ce sont ces transformations invisibles qui participent aussi à regagner une forme de vie, et parfois d’espérance de vie.
Lien indirect avec la diminution de la longévité
La santé mentale, on le sait désormais, influence directement la santé physique. L’isolement, le stress chronique, la perte de rythme social peuvent alimenter les comportements à risque ou les maladies inflammatoires.
Agir sur le sommeil, ce n’est donc pas seulement améliorer des chiffres figures médicales. C’est aussi, en profondeur, rouvrir des fenêtres sur une meilleure qualité de vie — et potentiellement gagner des années.
Conclusion
Dépister et traiter l’apnée du sommeil est, à mes yeux, un enjeu majeur pour préserver sa qualité mais aussi son espérance de vie. Trop souvent silencieuse, cette pathologie mérite une attention accrue, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans des parcours de soin complexes.
Je crois fortement qu’une approche personnalisée, éthique et ouverte au dialogue reste la meilleure voie pour prendre soin du sommeil… et donc de la vie elle-même.
La chirurgie au service du patient à Paris

Je suis Dr Solène Vo Quang.
J’explore chaque jour ce que l’IA peut apporter au soin… sans jamais oublier que la relation reste notre premier outil thérapeutique.
Je vous accompagne avec rigueur et transparence.
FAQ —
SAOS et espérance de vie
On répond à vos questions
L'apnée du sommeil peut-elle impacter l'espérance de vie même sans symptôme évident ?
Oui. L’absence de fatigue ne protège pas des effets cardiovasculaires ou métaboliques silencieux d’une apnée mal connue.
Les micro-réveils liés à l'apnée nuisent-ils eux aussi à la longévité ?
Oui. L’instabilité du sommeil altère les fonctions de régulation
Une apnée du sommeil traitée tardivement permet-elle de retrouver son espérance de vie initiale ?
Le traitement, même tardif, diminue les risques. Mais certaines atteintes—vasculaires notamment—peuvent hélas être durables.
Un mode de vie sain suffit-il à compenser une apnée légère pour préserver l'espérance de vie ?
Il peut aider, mais ne suffit pas toujours. Le suivi médical est clé pour évaluer l’impact réel, même si l’apnée paraît modérée.
