Bruxisme chez l’enfant : comprendre et agir rapidement
Il m’arrive souvent de recevoir en consultation des parents inquiets parce que leur enfant grince des dents la nuit, parfois de façon bruyante ou répétée. Ce phénomène, appelé bruxisme, peut surprendre, voire alarmer, surtout lorsqu’il devient quotidien ou s’accompagne de douleurs. Pourtant, il n’est pas toujours pathologique. Il mérite surtout d’être bien compris, pour éviter les conséquences à long terme.

Je suis le Dr Solène Vo Quang, stomatologue à Paris, spécialisée dans la médecine et la chirurgie de la bouche. Dans mon cabinet situé au 36 rue Lepic, j’accompagne régulièrement des enfants souffrant de bruxisme. Le plus souvent, cet accompagnement implique une écoute attentive des familles, un examen rigoureux, et des explications claires sur les causes possibles et les prises en charge envisageables.
Bruxisme chez l’enfant : définition et formes
Définition du bruxisme infantile
Le bruxisme chez l’enfant correspond à une activité involontaire des mâchoires, qui se manifeste par un grincement des dents ou un serrement fort, en dehors des moments normaux de mastication. Il peut apparaître dès la petite enfance, souvent autour de 3 ou 4 ans, et parfois même plus tôt chez certains enfants durant leur sommeil.
Ce phénomène concerne à la fois les dents temporaires (de lait) et les dents définitives lorsqu’elles apparaissent. L’enfant n’en a pas conscience. Ce sont souvent les parents qui repèrent la situation, notamment lors du coucher ou au réveil.
Bruxisme nocturne et bruxisme diurne : quelles différences ?
On distingue le bruxisme nocturne, qui survient pendant le sommeil et est souvent remarqué par les grincements entendus la nuit, du bruxisme diurne, qui correspond à un serrage involontaire des mâchoires pendant la journée. Ce dernier peut rester inaperçu car il est silencieux, mais il entraîne parfois une fatigue musculaire ou une gêne diffuse à la mâchoire.
Chez l’enfant, les deux formes peuvent coexister. Chacune a ses spécificités, ses déclencheurs, et sera évaluée différemment selon le contexte clinique et les symptômes.
Comment savoir si votre enfant grince des dents la nuit ?
Signes observables au réveil
Chez certains enfants, le bruxisme laisse des traces visibles dès les premières heures du jour. Vous pouvez remarquer une mâchoire tendue, voire douloureuse, un réveil difficile, des maux de tête ou une fatigue peu habituelle. Dans certains cas plus marqués, on observe une usure dentaire prématurée, surtout si le grincement est fort et fréquent.
Je recommande toujours aux parents d’être attentifs à ces signes lorsqu’ils sont répétés ou qu’ils s’installent dans le temps, car ils traduisent un effort involontaire du système masticatoire durant la nuit.
Comportements pendant le sommeil
Le signal le plus souvent rapporté est un bruit de frottement ou de craquement des dents pendant que l’enfant dort. Il peut s’agir d’un son régulier, parfois intense, qui alerte les parents. D’autres indices peuvent apparaître : sommeil agité, réveils fréquents, ou mal-être au réveil.
Ces éléments ne sont pas toujours constants, mais quand ils reviennent régulièrement, ils méritent un regard expert. C’est généralement à ce moment-là que les familles me consultent.
Pourquoi un enfant grince-t-il des dents ?
Stress, anxiété et autres facteurs émotionnels
Le bruxisme infantile a souvent une composante émotionnelle. Un déménagement, une rentrée scolaire, un conflit familial ou simplement une journée trop chargée peuvent induire chez un enfant une tension invisible dans la journée, mais qui s’exprime la nuit par un grincement des dents.
Ce mécanisme est inconscient et sans volonté explicite. C’est le corps qui libère une charge émotionnelle à travers les muscles de la face. Bien sûr, tous les enfants stressés ne grincent pas des dents, mais il existe un lien reconnu dans la littérature médicale entre stress infantile et bruxisme nocturne.
Causes médicales et dentaires
D’autres causes sont plus mécaniques ou anatomiques. Une mauvaise position des dents, appelée malocclusion, peut provoquer des contacts trop prononcés entre certaines zones dentaires et stimuler ainsi une activité involontaire. Des troubles ORL comme les apnées du sommeil, les allergies ou une respiration buccale chronique peuvent également jouer un rôle.
J’accorde aussi une attention particulière aux antécédents familiaux. Si un parent a lui-même souffert de bruxisme ou de troubles du sommeil, il existe parfois une prédisposition chez l’enfant. Ce sont autant de pistes que j’évalue lors de la consultation initiale.
Quels sont les risques du bruxisme non traité chez l’enfant ?
Usure des dents et douleurs musculaires
Lorsque le bruxisme persiste dans le temps, les premières conséquences concernent les dents elles-mêmes. Une usure prématurée peut apparaître, que ce soit sur les dents de lait ou, plus tard, sur les dents définitives. Cela peut modifier leur forme, réduire leur efficacité ou, dans certains cas avancés, révéler une sensibilité accrue.
Les muscles masticateurs, sollicités de façon chronique, peuvent eux aussi devenir douloureux. L’enfant peut se plaindre d’une mâchoire « fatiguée » ou raide, surtout le matin ou après les repas.
Conséquences sur la qualité du sommeil
Enfin, le sommeil lui-même peut être perturbé. Un enfant qui grince fortement des dents la nuit peut se réveiller plus souvent, être plus fatigué au quotidien, ou rencontrer des difficultés de concentration à l’école. L’irritabilité est un autre signe indirect parfois observé.
Dans ma pratique, les parents s’apaisent souvent en comprenant que le bruxisme infantile est fréquent, mais qu’il ne faut pas le banaliser s’il devient prolongé ou douloureux.
Que faire si votre enfant grince des dents la nuit ?
Quelques gestes simples au quotidien
Certains changements à la maison peuvent déjà soulager une partie des tensions. Je conseille notamment d’instaurer un rituel de coucher apaisant : lecture calme, lumière douce, temps sans écran au moins une heure avant de dormir. Cela aide l’enfant à ralentir le rythme mental et corporel.
Observer régulièrement certains signes (fatigue inhabituelle, mâchoire crispée le matin, comportement agité la nuit) permet aussi d’intervenir tôt, avant que le bruxisme ne s’ancre durablement.
Faut-il consulter un dentiste ou un spécialiste ?
Une consultation s’impose quand le grincement devient fréquent, qu’il dure depuis plusieurs mois, ou qu’il s’accompagne de douleurs, d’usure dentaire ou de troubles du sommeil. Elle permet de poser un diagnostic différentiel précis et de décider s’il faut surveiller, traiter ou réorienter vers d’autres professionnels.
En fonction des cas, je peux orienter les familles vers un pédodontiste, un orthodontiste, un ORL ou encore un psychologue de l’enfant si un accompagnement émotionnel s’avère utile.
Traitements du bruxisme chez l’enfant : quelles options ?
Gouttières et orthèses adaptées aux enfants
Dans certaines situations, des gouttières occlusales sur mesure peuvent être proposées. Elles sont principalement indiquées chez les enfants plus âgés, notamment si les dents définitives sont déjà en place et que l’usure est marquée. Ces dispositifs, portés la nuit, servent à protéger les dents et à répartir les forces musculaires.
Chaque décision se prend au cas par cas, en tenant compte de l’âge, de la tolérance de l’enfant et des résultats attendus. Une surveillance régulière du dentiste est indispensable quand une orthèse est mise en place.
Relaxation et rééducation fonctionnelle
Des approches douces peuvent compléter la démarche. Des techniques de relaxation ou de respiration, parfois accompagnées par un psychologue ou un kinésithérapeute formé, permettent de diminuer la tension musculaire et d’agir sur le stress sous-jacent.
Je recommande souvent l’exploration de ces pistes quand le bruxisme s’inscrit dans un contexte émotionnel fort ou lorsque l’enfant se plaint de douleurs chroniques sans cause dentaire évidente.
Conseils pour prévenir le bruxisme infantile
Instaurer une routine apaisante au coucher
La prévention passe principalement par des habitudes de vie régulières. Un coucher apaisé, sans excitation prolongée, sécurise l’enfant et limite l’intensité des tensions nocturnes. Le rituel du soir constitue un repère fort qui signalise au cerveau l’arrivée du repos.
Un bain tiède, une histoire lue à voix basse, une présence rassurante sont souvent plus efficaces qu’il n’y paraît dans la prévention du bruxisme nocturne.
Surveiller et baisser le niveau de stress
Je vous encourage également à observer les moments de tension vécus dans la journée : séparation à la crèche, conflits entre frères et sœurs, surstimulation… Ces éléments du quotidien, même anodins en apparence, peuvent s’accumuler silencieusement.
Donner à l’enfant des espaces pour exprimer ce qu’il ressent, valoriser les activités corporelles en journée, et lui laisser des temps calmes peut significativement diminuer la charge émotionnelle qu’il transporte jusque dans son sommeil.
Alimentation et bruxisme chez l’enfant : un lien à ne pas négliger
Nutriments essentiels au bon développement
Un déséquilibre nutritionnel peut jouer sur la qualité du sommeil et les tensions musculaires. Certaines carences, notamment en magnésium ou en calcium, sont parfois retrouvées chez les enfants ayant un sommeil agité ou un tonus musculaire perturbé.
Sans s’alarmer, il est pertinent de s’assurer que l’alimentation de votre enfant reste variée, équilibrée, et adaptée à ses besoins en croissance.
Impact des repas et boissons sur le sommeil
Je conseille d’éviter les boissons sucrées ou excitantes (comme certains sodas) en fin de journée, ainsi que les repas trop riches juste avant d’aller dormir. Un dîner léger, à heure régulière, facilite l’endormissement et diminue les tensions digestives, qui peuvent indirectement favoriser le bruxisme.
Travailler sur l’hygiène du sommeil, en lien avec l’alimentation, constitue une démarche de prévention simple mais souvent efficace.
Conclusion
Comme souvent en santé infantile, c’est l’équilibre global qui prime. Le bruxisme chez l’enfant ne doit pas être perçu avec inquiétude immédiate, mais mérite d’être observé avec attention quand il devient récurrent, inconfortable ou impacte le quotidien.
Adopter les bons réflexes, consulter si nécessaire, et rester à l’écoute de ce que votre enfant exprime (même sans mots) sont les meilleurs alliés pour l’accompagner durablement.
La chirurgie au service du patient à Paris

Je suis Dr Solène Vo Quang.
J’explore chaque jour ce que l’IA peut apporter au soin… sans jamais oublier que la relation reste notre premier outil thérapeutique.
Je vous accompagne avec rigueur et transparence.
FAQ —
Bruxisme enfant
On répond à vos questions
Le bruxisme de l’enfant peut-il évoluer avec l’âge ou disparaître spontanément ?
Chez certains enfants, le bruxisme diminue avec la croissance, mais une surveillance reste utile pour prévenir les impacts dentaires ou articulaires.
Existe-t-il un lien entre bruxisme enfant et troubles de l’attention ou du comportement ?
Un lien est parfois observé, mais il nécessite une évaluation pluridisciplinaire pour distinguer coïncidence, corrélation et causalité réelle.
Est-il utile d’enregistrer le sommeil de l’enfant si l’on suspecte un bruxisme ?
En cas de doute, des enregistrements vidéo nocturnes peuvent compléter l’observation clinique et guider l’orientation vers un bilan spécialisé.
Le bruxisme chez l’enfant requiert-il systématiquement une gouttière ?
Pas forcément. La gouttière est utile dans certains cas, après évaluation précise. L’approche doit rester individualisée, progressive, non systématique.
